Rien à voir avec la PMA

Je ne sais pas pourquoi j’ai envie de vous raconter ce qui va suivre, ça n’a rien à voir avec la PMA, mais il faut croire que j’en ai besoin. En plus je ne peux pas le faire sur mon autre blog car beaucoup de gens qui le lisent me connaissent en vrai, et cet épisode de ma vie est trop intime pour le partager avec ces personnes. Je préfère raconter à des gens qui ne savent pas qui je suis (vous!). Mais avec ces mêmes gens (vous encore!), je partage ma PMA, et ça veut dire qu’on est un peu intimes je trouve ;-).

Pour Bounty Caramel, ce 28 juin sera une date importante. Pour moi aussi, le 28 juin est devenu une date importante, depuis ce jour de 2010.

J’étais en mission en territoire hostile va-t-on dire, pour ne pas citer le pays dans lequel je me trouvais. J’ai été prise dans une embuscade avec 8 collègues. L’un d’eux, à deux mètres de moi a été blessé. Je ne sais pas par quel miracle personne d’autre n’a été touché. Moi-même, je ne sais pas comment je ne me suis pas pris une balle dans les fesses avec tout ce qui nous est tombé dessus. On s’est retrouvés à quatre retranchés dans un angle de ruelle. De la main gauche je tentais de soigner mon collègue blessé, de la main droite je tenais mon arme; pendant que les deux autres ripostaient et appelaient du renfort. C’est à ce moment que ma vie a changé à tout jamais.

Dans le livre ‘Effroyables Jardins », le narrateur dit : « Et la peur, elle est seulement venue là, de sentir qu’on aurait aussi bien pu ne plus rien sentir, elle est venue du coup qu’on se sentait vivre! ». Rien que de l’écrire m’émeut énormément, car c’est exactement ce que j’ai ressenti.

J’ai su avec certitude que j’allais mourir ici, sur ce sol. C’était une question de minutes, ça allait être rapide. Ils allaient arriver, nous tirer dessus et on ne pourrait rien faire. Dans les films, il paraît qu’on voit sa vie défiler. Je l’ai vue défiler ma vie, mais je n’ai pas vu le passé, non, c’est mon futur que je n’allais jamais connaître que j’ai vu. Et ça m’a foutu une trouille bleue.

J’ai vu mon chéri au milieu d’un lagon (deux ans plus tard, il se baignait dans le Pacifique). Et j’ai vu deux petits garçons, pas du même âge. C’étaient les enfants que je n’aurais jamais le bonheur de mettre au monde et de voir grandir.

Finalement au bout de minutes interminables, du renfort est arrivé, mais là encore c’était pas gagné. J’ai l’impression que ça a duré des heures.

Je n’ai pas arrêté de pleurer une fois que j’ai été en sécurité (sécurité relative, mais sécurité quand même). On a passé la nuit à flanc de montagne. Un chien errant, et galeux sûrement (mais je m’en moquais) est venu dormir près de moi. Il grognait sur les gens qui m’approchaient de trop près. Ca m’a fait du bien de me sentir un peu protégée (bon, il faut dire que je lui avais donné mon repas, il me devait bien ça le bougre!).

Le surlendemain, je me suis réveillée avec le sentiment qu’on a lorsqu’on vient de perdre un être cher. Pendant un millième de seconde on est bien et puis d’un coup la réalité vous rattrape et vous tombe dessus comme une chape de béton. J’ai tenté d’éloigner, d’ignorer ce sentiment car il n’avait pas de raison d’être; j’étais là, bel et bien vivante, et en bonne santé! Quelques jours après, mon supérieur a quand même demandé à un psychiatre de me recevoir. Je continuais à pleurer mais je ne voulais pas lui parler. Quand il m’a reçue, j’ai à peine eu le temps de fermer la porte derrière moi que je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon corps.

« – Je ne comprends pas, je n’arrête pas de pleurer, et je me sens comme si j’avais perdu un proche.

– C’est tout à fait normal, vous êtes en deuil.

– En deuil, mais de qui? Personne n’est décédé.

– Vous avez perdu une chose importante que chacun porte en soi. L’illusion d’immortalité. »

Punaise il m’a scotché. Il a tellement mis les mots qu’il fallait sur le mal-être que je ressentais depuis plusieurs jours que de là, je n’ai plus pleuré.

J’ai mis à peu près deux ans à me remettre de tout ça. Un documentaire passé à la télé m’a beaucoup aidée (Sans blessures apparentes de la série Infrarouge).

Voilà pourquoi je pense qu’il est important de dire ce qu’on ressent, au risque de choquer certaines personnes (Cf cet article). Car il y a une chose qu’un professeur m’avait dite et dont je suis sûre, c’est que ce qui passe dans la parole ne passe pas dans l’agir.

(Aujourd’hui ça va je vous rassure!)

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout.

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26 commentaires

  1. Heu… j’ai dû louper un truc… t’es militaire?!
    Sinon, ben écoute t’as été plutôt résistante, j’imagine que j’aurais commencé à pleurer à la première seconde.
    J’ai aussi traîné un peu en « territoire hostile », et les coups de feux lointains me tétanisaient déjà.
    Bisous!

    1. Je ne peux pas généraliser mon cas, mais je crois que la décharge d’adrénaline t’empêche de pleurer sur l’instant.
      Bisous
      (tu es perspicace petite Chouette (double lol) ;-))

  2. Et bien, quel article émouvant dis donc.
    C’est vrai qu’on se rend pas assez compte de tout ça, qu’on vit dans ce sentiment d’immortalité…
    Bref, que ce doit être dur à vivre!
    Bises

    1. C’est sûr qu’on ne se dit pas tous les jours « tiens, je vais peut-être y passer aujourd’hui! ». C’est normal de ne pas y penser d’ailleurs car comment on profiterait de la vie sinon, je ne sais pas!
      Bises

  3. Ah ben ça alors. Tu as eu de la chance. Une grande chance.
    C’est touchant et émouvant de confiance que de nous raconter une part de ta vie. Et un moment de ta vie qui fait que tu es encore là aujourd’hui. Il est bon ce psy. C’est tellement cela. On a eu un sacré coup de peur pour un membre de notre famille début 2010 également. Quelques longs jours de peur indescriptible. Nous étions de l’autre côté, de ceux qui n’ont pas de nouvelles et attentent. Tout cela ne s’est pas aussi bien fini. Pour notre plus proche heureusement oui. C’est un vrai traumatisme à surpasser. Et avoir pu voir un professionnel post-trauma était semble-t-il important. C’est une chance là aussi. La notion de résilience est là, sur ce vie/mort. Merci à toi, à lui et au Chéri et aux visions d’avenir qui j’imagine ont du être violente et angoissante. Des bises

  4. Merci Bounty, je sais aussi pour l’avoir fait vivre à mes proches que c’était très difficile pour eux. Attendre, ne pas savoir, espérer, peur d’une mauvaise nouvelle (on dirait un parcours PMA là, non???).
    Ces visions du futur étaient magnifiques et tristes. C’était vraiment bizarre.
    Des bisous et tu sais que je croise

  5. Toute personne qui s’est retrouvée face à la mort comprendra tes mots… De mon côté, prise d’otage lors d’un braquage, mission dans un pays en guerre aussi avec des moments pas rassurants, et accident de SAMU bien méchant -> Ca fait longtemps que j’ai perdu mon sentiment d’immortalité… et je me souviens de cette chute que tu décris si bien.
    Bises

  6. Quand on se retrouve confronté à la mort (à la sienne ou à celle d’une personne indispensable à notre bien-être), on passe forcément par les sentiments que tu décris si bien.
    Il y a quelques années, j’ai failli mourir dans un grave accident qui finalement n’a eu que de légères conséquences. Et je me souviens de ce temps suspendu… Je n’ai pour ma part ni vu mon passé, ni vu mon futur. J’ai vu ma mère, décédée 2 ans plus tôt. Comme toi, j’ai pleuré pendant des jours, avant de réaliser que la vie était si fragile qu’il ne fallait pas se la gâcher avec des futilités. Quand on sait qu’on peut mourir demain, on a tendance à vivre les choses autrement. Mais ça ne dure pas et le naturel revient vite au galop ! Merci donc pour cette piqûre de rappel. La bise.

    1. Tu as entièrement raison Julys, le naturel revient un peu trop vite au galop, et c’est bien dommage.
      Ne pas trouver son produit favori en rayon, les futilités de ce genre m’ont surprise à mon retour, moi qui ai passé des mois à essayer de rester saine et sauve. Mais j’ai vite réalisé que leur réalité de tous les jours, c’était ça, et ne pas trouver leur produit préféré, c’était le « drame » de leur quotidien, et c’était bien normal. J’avais une autre réalité. Ce décalage a été perturbant. Mais quelques temps après, ne pas trouver mon produit était redevenu mon mini-drame…
      Merci d’avoir livré ton expérience personnelle, bises.

  7. ah oui t’es pas dans le marketing toi dis donc… je n’imagine même pas un tel moment, à quel point il peut être traumatisant et changer une vie… merci de l’avoir « partagé » avec nous.
    des bises

  8. Je suis impressionnée par tant de courage. Cette expérience t’a forcément rendue plus forte. Je crois qu’on a toutes un jour ou l’autre frôlé la mort (moi c’était à 16 ans) et la vie se charge de nous rappeler que nous ne sommes que de simples mortels et que chaque minute est précieuse, que tout peut basculer en 1 seconde. Alors profitons !

  9. Hello, Moi aussi je suis super impressionnée…Ça me laisse même sans voix, je dois dire et en plus c’est super bien raconté, comme toujours!

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