Le trésor

Aujourd’hui j’ai :

– perfusé une patiente avec de l »eau-qui-guérit » (c’est comme ça qu’elle nomme sa chimio)

– enclenché l’alarme pour la piqouze de Gonal de demain soir qui tombe en plein milieu de mon tour des malades

– appris la grossesse d’une collègue qui travaille dans mon service de façon ponctuelle (et de 4!)

– pensé à une amie qui m’était proche mais qui ne me donne plus de nouvelles depuis que dans sa vie ça va mieux (et que dans la mienne ça va moins bien)

– même pas râlé après les autres conducteurs en revenant du travail (c’est la première fois que ça m’arrive : ce soir apéro pour fêter ça)

– encore pleuré en repensant à une amie que j’ai eue hier au téléphone, cette amie dont le jeune mari meurt, parce que l’eau-qui-guérit ne le guérit plus (et je me suis dit que je préférais largement ma situation d’infertile à la sienne)

Et vous sinon, vous avez fait quoi aujourd’hui?

 

Je voudrais tellement vous dire ce que mon amie m’a dit hier au téléphone, ses paroles sont si incroyables quant à sa vision de la vie, sa sagesse, son acceptation de la fatalité. Elle me racontait ce qui s’était passé ces deux derniers mois, comme elle me raconterait un film, et moi je me retenais de ne pas pleurer. Parce que ce qu’elle me disait était terrible, parce que je me mettais à sa place, parce qu’elle me racontait ça sans voix chevrotante… Elle me dit simplement que oui c’est injuste, mais que c’est la vie, c’est comme ça. Je ne sais pas comment elle fait.

Je voudrais tellement vous dire tout ce qu’elle m’a dit, mais j’ai l’impression qu’elle m’a donné un peu du trésor qui lui appartient, comme un secret, et que ce serait lui faire du tort que de dévoiler son secret, même si vous ne la connaissez pas. Le pire c’est que ce petit bout de trésor, je le vois briller, je sais l’importance qu’il a, je sais qu’il peut changer la vie, mais je ne sais pas quoi en faire ;rien que le fait de pleurer en pensant à sa situation alors qu’elle ne pleure pas en m’en parlant ça prouve bien que je ne sais pas quoi en faire. Je n’arrive pas à être apaisée comme elle l’est. Je ne sais pas comment elle fait. Je l’admire comme j’ai rarement admiré une personne.

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14 commentaires

  1. C’est vrai que quand on pense à certaines personnes qui vivent des choses tellement pires que les nôtres ça nous fait relativiser. Je les admire ces personnes là.
    Et tu en as une comme amie, prend en soin.

  2. On sent toute la tristesse que t’éprouves pour ton amie et toute ton admiration. J’ignore aussi comme elle fait pour relativiser et pour rester aussi apaisée. Déjà avec la PMA on apprend à relativiser et ne plus se noyer dans un verre d’eau comme ça m’arrivait avant, dans sa situation je n’imagine même pas

  3. C’est ça qui est difficile à comprendre: quand les gens qui vivent une chose si affreuse, un deuil, un traumatisme… et qu’ils lâchent prise, acceptent de faire avec ce qu’il leur arrive, on passé le cap de la colère…
    Tant qu’on ne le vit pas soit même, je ne pense pas qu’on puisse comprendre.

  4. Ton texte m’a mis les frissons…Je suis émue pour ton amie, pour son mari…et dégoûtée par cette vie bien trop injuste, qui enlève des personnes bien trop jeunes pour cela…
    Garde ce trésor bien au fond de toi, nourrit toi de ses paroles…Courage à elle, à eux…

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